Lettre ouverte au premier ministre Gérard Latortue
Son Excellence,
La Commission Episcopale Nationale Justice et Paix vous salue respectueusement, elle salue votre
Gouvernement et toutes les personnes de bonne volonté. La fin de l’année s’approche :
la Fête de l’Indépendance du pays et la Fête de Noël. Pour les chrétiens, Noël, c’est
la célébration de l’entente et la paix entre les personnes et les peuples, dans
l’Emmanuel, Dieu fait homme parmi nous.
La fin de 2005 s’approche, une année dure pour la plupart des citoyens de ce pays. Surtout
pour les pauvres qui connaissent de nombreux problèmes : les frais de école pour les enfants, les
frais de santé en cas de maladie, la cherté de la vie pour tant de raisons qui échappent au pouvoir
des simples gens. Le processus électoral devrait se mettre en branle avant longtemps pour mettre
un terme à cette crise … selon ce que tous souhaitent. 2006 sera donc une année importante
pour l’avenir de la Nation.
Le Comite Directeur National de la Commission Justice et Paix pense effectivement que la vie du
pays doit changer radicalement. Le pays doit se réconcilier avec lui même ; les citoyens entre
eux ; la peur et la méfiance devraient trouver une solution ; surtout, les classes sociales devraient
se réconcilier entre elles ; il ne devrait plus y avoir d’exclusion dans le pays. Une
réconciliation vraie devrait être le résultat de la participation de tous pour construire le
pays.
A la fin de cette année, plusieurs gestes simples pourraient être posés ; des gestes qui ne sont
pas spéciaux parce que ce sont des gestes de justice. Cela signifie : un jour, ils devront être
posés quand même, parce qu’ils touchent directement aux droits des citoyens dans ce pays. Ce
sont des gestes en justice qui en même temps donnent preuve de bonne volonté et de sensibilité. La
première exigence de la charité est d’ailleurs la justice.
Le Comite Directeur National de la Commission Justice et Paix propose à la Nation et au
Gouvernement en particulier quelques gestes de bonne volonté, de justice et de charité pour aider
à favoriser la paix, la réconciliation et la convivialité dans le pays, en cette fin d’année
2005.
En cette fin de l’an 2005, une année particulièrement dure pour les pauvres dans
le pays, la Commission propose au Gouvernement de faire un effort spécial pour payer les
arriérés des salaires que l’Etat est responsable de payer à de nombreuses personnes de
diverses catégories sociales.
D’abord il y a les salaires des employés de l’ancienne administration
d’avant le 29 février 2004 qui ont été licenciés alors que l’Etat leur
devait. Peut être, on va répondre qu’il s’agissait d’emplois
politiques. Le motif de l’enrôlement de quelqu’un est de peu
d’importance quand il s’agit de lui faire justice. Dès que quelqu’un
est enrôlé correctement et régulièrement, l’Etat lui doit ce qu’il
mérite. Lors d’une succession de gouvernement, les anciennes obligations
reviennent à la nouvelle administration au nom de la pérennité de
l’Etat. C’est un devoir de justice que l’Etat réponde à ses
obligations envers les citoyens. C’est une preuve de responsabilité quand un
gouvernement répond à ses obligations avant son départ et ne les laisse pas pour
l’administration suivante. Comment lutter contre l’impunité et la
corruption si les moyens dont dispose l’Etat ne servent pas pour répondre à ses
obligations envers ses citoyens ?
Il y a les employés engagés par l’administration actuelle qui
travaillent pour cette administration, et pourtant l’Etat est en dette envers
eux. Leur salaire qui à peine les permet de survivre n’est pas versé
régulièrement. Nous demandons au Gouvernement de faire preuve de sens de
responsabilité et de payer ces arriérés. Les fêtes de Noël et de fin d'année sont
un moment pour faire justice. Nous parlons de l’Etat depuis les sections
communales, passant par les communes jusqu’aux administrations centrales.
Nous passons sous silence les autres obligations de l’Etat, les nombreuses
promesses faites par des membres du Gouvernement, et qui n’ont jamais trouvé une
réponse satisfaisante, comme de dédommagement des sociétaires des coopératives, le
dédommagement des marchandes qui ont subi des pertes lors des incendies à la capitale,
et d’autres promesses toujours.
En cette fin d’année, nous regardons les personnes qui sont en prison. La
célébration de l’Indépendance du pays et de la fête chrétienne de la Paix demande
qu’il n’y ait personne qui soufre en prison injustement. Il y a certes des gens
en prison à cause de la criminalité, du kidnapping et des actes d’insécurité ; des
enquêtes doivent se faire afin de protéger la société et d’obliger les coupables à
rendre compte devant la société ; des jugements doivent avoir lieu. Ceci est une exigence de
la dignité humaine des victimes comme des coupables. Mais plusieurs personnes se trouvent
en prison sans charges ou sans charges précises. Nous ne demandons pas une amnistie ou une
faveur, mais une décision juste et correcte. S’il n’y a pas de charge, pourquoi
tenir quelqu’un en prison ? La justice, comme première exigence de la charité revêt
toute son importance à la veille de Noël et de la fête de l’Indépendance du pays.
De toute façon, les personnes en prison sans être condamnées jouissent toujours de la
présomption d’innocence ; elles jouissent donc de leurs droits civils et
politiques. Nous demandons au Gouvernement, de concert avec le CEP, de prendre les mesures
nécessaires pour qu’elles puissent exercer leurs droits aux prochaines élections.
Chaque citoyen a le droit de vivre dans un environnement sain et propre. En cette
fin d’année, à la veille de la célébration de l‘Indépendance du pays, nous
demandons au Gouvernement et spécialement au Ministère des Travaux Publiques et celui de
l’Environnement de faire un effort particulier pour débarrasser nos villes, la capitale
et les villes de province, des montagnes de détritus qui envahissent le espaces. Nous parlons
spécialement des quartiers populaires qui littéralement étouffent sous le détritus. Un effort
renouvelé de la part des autorités ne manquera pas de déclencher de la bonne volonté chez les
concitoyens. Tout le monde aime ce qui est beau, propre et bien organisé. La possibilité de
vivre dans un environnement bien organisé fait parti des droits des personnes, des peuples et
de la société.
Monsieur le Premier Ministre et Membres du Gouvernement, le pays souffre trop
d’injustices, de discrimination, et de violence. Quelques actes concrets de la part du
Gouvernement pourraient convaincre tous de sa volonté d’avancer vers la réconciliation
nationale, tant attendue de tous. Nous sommes certains que vous ne laisserez pas ce moment
passer sans prendre des mesures dans le sens que nous venons de vous suggérer.
Pour le Comité Directeur National
P. Jean Hanssens, directeur
Port-au-Prince, 12 décembre 2005
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